Une immersion dans la médiation scientifique lors d’une école technique
Du 28 au 30 octobre 2024, l’École Technique Médiation Scientifique a réuni chercheurs et médiateurs, diversement engagés dans des activités de médiation. Structuré autour d’ateliers, de conférences et d’échanges collaboratifs.
Lundi 28 octobre : Conférence introductive
La première journée s’est ouverte sur des activités de mise en relation et une introduction générale, avant de laisser la place à la conférence introductive de Richard Emmanuel Eastes intitulée « Médiation scientifique – Réflexions sur les formes et enjeux de la communication publique de la science ». Cette conférence avait notamment pour but de clarifier les intentions des médiateurs-rices quand ils/elles créent une activité de médiation. Or ces intentions peuvent être multiples et pas toujours explicites. Ainsi l’intervenant a distingué les intentions de vulgarisation/explication/émancipation/prise de décision en introduisant un modèle innovant à deux dimensions pour catégoriser les pratiques de communication scientifique.
Au cours de la présentation, l’intervenant a plaidé pour une approche plus réflexive de la médiation scientifique, en mettant l’accent sur la médiation axiologique. Cette pratique se concentre sur la clarification des valeurs et opinions du public, répondant ainsi à des besoins sociétaux fondamentaux.
En partageant son propre parcours, allant de la vulgarisation traditionnelle à une médiation axée sur le dialogue, il a invité les participants à examiner leur positionnement dans ce modèle. L’objectif était d’encourager une meilleure compréhension des impacts socioculturels de leurs pratiques, tout en favorisant l’expérimentation et les critiques constructives pour enrichir le modèle proposé.
La journée s’est poursuivie avec l’atelier « La Moulinette », conçu pour approfondir la réflexion individuelle et collective sur les pratiques de médiation. Ce moment d’introspection a complété la conférence en offrant un cadre concret pour analyser et structurer les projets des participants.
Mardi 29 octobre : Démarche scientifique et mise en débat de questions controversées
Nos collègues « Tous Chercheurs » de Nancy nous ont proposé le Jeu Expli’cit pour « Expliciter les démarches de recherche ». Il nous invite en effet à reparcourir les différentes étapes d’une recherche (analyse du contexte, état de l’art, problématique, question de recherche, etc.). On sait combien se mettre d’accord sur un langage commun est salutaire pour parler sciences.
Ces bases étant posées, nous avons exploré différents jeux de discussion sur des thématiques transversales et de transition : alimentation durable d’une part et services écosystémiques et protection des ressources d’autre part. Ces pratiques de jeux ont permis d’aborder des questions controversées. En effet en matière de choix individuels et collectifs pour opérer les transitions, les avis sont loin de toujours converger. L’intérêt du jeu est d’aborder cette conflictualité dans un contexte ludique qui couple apport de connaissances, discussions et décisions voir engagement citoyen. Deux jeux sérieux ont été expérimentés : un jeu de discussion développé par l’Arbre des connaissances et « Mon lopin de mer », séquence pédagogique créé par l’IFREMER et les petits débrouillards.
Enfin dans cette séquence de l’école technique consacrée à une première approche des controverses, nous avons partagé collectivement le retour d’expérience d’une collègue lors d’un ciné-débat portant sur l’IA les neurosciences. Le but de cette séquence proposée par Elodie Chaillou (Chercheuse, Inrae Val de Loire, et York von Korf, facilitateur) était de se donner des outils communs mobilisables dans ce type de situation.
Mercredi 30 octobre : Participation citoyenne et codéveloppement
La dernière journée a exploré des outils pour encourager la participation citoyenne aux décisions scientifiques. En introduction, Sylvie Lardon a présenté un bilan de 20 ans d’expérience avec le Jeu de territoire, stimulant les échanges sur l’importance de la médiation scientifique dans l’implication citoyenne.
La journée s’est ensuite poursuivie sur des ateliers centrés sur les pratiques de médiation des participants. Une des méthodes proposés est le co-développement. Elle permet aux porteurs de projet de s’appuyer sur l’intelligence collective du groupe. Les différents rôles adoptés par les membres du groupe de co-développement permettent de soutenir le porteur de projet dans sa démarche créative. C’est une méthode qui apporte en retour des éléments constructifs à tous les membres du groupe.
En parallèle, un autre atelier s’est intéressé à une typologie des jeux traitant de nos thématiques avec une présentation par Gilles Martel de la ludothèque GAMAE ainsi qu’aux questions essentielles à se poser lorsqu’on se lance dans la création d’un jeu.
Enfin après la restitution des ateliers, la journée s’est achevée par une restitution collective des travaux, suivie des réflexions de Richard-Emmanuel Eastes sur les composantes de l’opinion publique, offrant une conclusion stimulante à cet événement.
Une école riche en apprentissages
En octobre 2024 a donc eu lieu la première École Technique de Médiation Scientifique à l’échelle de l’Institut. Elle a rassemblé une quarantaine d’acteurs de la médiation au sein d’INRAE. Nombreux et actifs au sein de l’Institut, ils ne s’étaient pas encore rencontrés dans un tel cadre. Pour cette première édition, le choix a été fait d’explorer plusieurs pistes méthodologiques (découverte des démarches scientifiques, initiation aux jeux de discussion pour aborder des questions controversés, médiation scientifique et participation citoyenne, ateliers de pratiques, et réflexivité sur sa pratique). Tout un programme qu’il nous faut continuer à explorer ensemble pour que la médiation scientifique remplisse pleinement son rôle dans la science ouverte.
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