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Quand l’art est au service de la recherche agronomique

Dès les années 1920, les chercheurs de l’Institut des recherches agronomiques (IRA, 1921-1934) de Versailles font appel au dessin et à la peinture pour l'étude des plantes et des insectes. L’objectif est de les aider à documenter avec précision les observations scientifiques. Retour sur un patrimoine artistique insolite révélé lors de l’inventaire de deux fonds d’archives scientifiques prochainement versés aux archives départementales du Maine et Loire.

Recruté en 1933 à l’Institut des recherches agronomiques (IRA) de Versailles en tant que chef de travaux, Jean Fleckinger a initié en 1949 des recherches en lien avec la création variétale de pommes à cidre. Il s’associe alors aux dessinateurs et peintres de l’institut pour lancer le premier programme de création variétale dix ans plus tard. Ces recherches se sont poursuivies sur le site INRAE d’Angers (Beaucouzé) à partir de 1973 avec l’arrivée de Jean-Michel Boré.

Peinture de Madeleine Huau signée : pomme, quatre faces 
(huile sur carton ; coll. INRAE)

Des artistes successifs pour une œuvre picturale unique

En 1922, un atelier de dessin est créé à l'IRA de Versailles pour illustrer les plantes, leurs maladies et les insectes qui les ravagent. Fernand Pétré, premier artiste recruté par l'institut prend la direction du Bureau des dessins. Après sa mort en 1938, Madeleine Huau lui succède à la tête de l'atelier devenu Unité de dessin. Son œuvre, d’une grande finesse d'exécution, couvre une grande variété de sujets (fruits, bourgeons, architectures d’arbres, matériel végétal de toutes sortes, effets des maladies, etc.) et reste une référence pour son réalisme et sa précision.

Des pommes faites de vieille terre peinte

Créée en 1923 par un atelier parisien, à la demande de la Station pomologique et laitière de Caen, une centaine de pommes à cidre, moulées en vieille terre, contitue une collection originale et remarquable par la précision des formes et des couleurs. Directement liée au programme de recherche en création variétale de Jean Fleckinger, ces représentations réalistes permettaient de caractériser les variétés et d’éliminer celles avec des défauts rédhibitoires (de forme, de taille..). Une partie de cette collection est actuellement conservée à l’INRAE d’Angers.

Echantillons de pommes à cidre moulées en vieille terre (montage réalisé par L. Feugey à partir de diapositives de J.-M. Boré prises en 1984) ; de gauche à droite et de haut en bas : ‘Poétier’, ‘Saint Martin’, ‘Guillevic’, ‘Piment’, ‘René Martin’, ‘Muscadet Petit de l’Orne’, ‘Tardive de la Sarthe’, ‘Rouget de Dol gros’, ‘Noël des champs’, ‘Doux Lozon’, ‘Peau de chien’, ‘Saint Philibert’, ‘Doux évêque jaune’, Monnier dur’, ‘Grise Dieppois’, ‘Kermerrien’, ‘Moulin à vent’, ‘Fil jaune’, ‘Jeanne Renard’, ‘Jaune de Vitré’, ‘Doux crasseux’ (coll. INRAE).

Dessine-moi un bourgeon

En 1948, Jean Fleckinger en collaboration avec Madeleine Huau pour le dessin, crée la méthode d’observation de l’évolution des bourgeons floraux dite des « Stades repères », encore reconnue aujourd’hui internationalement en arboriculture, pour étudier la croissance des arbres et fruits en verger.
Différents stades ont été identifiés, caractérisés et dessinés pour jalonner, comme des bornes, le développement entier du bourgeon, jusqu’au fruit. Lors d’une notation, un œil exercé pourra alors déterminer le stade de développement de la majorité des bourgeons d'un arbre.

Stades-repères du pommier, graphe dessiné par M. Huau, J. Fleckinger et al., 1948 : première apparition imprimée de la signature de l’artiste.

Pour en savoir plus

Dessiner et peindre les pommes, au service de la recherche
par Yves Cadot, Olivier Dupré, Laurence Feugey, Yves Lespinasse, Mohamad Taha

Paru dans la Revue de la Bibliothèque Nationale de Strasbourg, H.S. N°32 : « Ces obscurs objets du savoir, le patrimoine de l’enseignement et de la recherche », p. 54-67, nov. 2025. DOI : 10.4000/156p6

 

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