Structurer et sécuriser les projets de sciences et recherches participatives (SRP) avec une stratégie dédiée

La publication en 2025 de la stratégie 2025-2030 pour les sciences et recherches participatives (SRP) d’INRAE marque une étape structurante pour l’appui aux collectifs de recherche engagés dans des démarches participatives. Coordonnée par la direction pour la Science ouverte (DipSO), cette stratégie est issue d’un processus de co-construction associant auditions des départements, centres et directions d’appui, analyses bibliographiques et travaux d’objectivation des impacts. Elle vise à répondre aux attentes exprimées par les chercheurs en matière de lisibilité, de sécurisation et de reconnaissance des pratiques participatives. Déclinée en un plan d’actions interne de trente-sept actions, la stratégie est prioritairement orientée vers l’accompagnement des collectifs, le développement des compétences, la mise à disposition d’outils communs et la valorisation scientifique et institutionnelle des SRP. Sa mise en œuvre et son suivi sont coordonnés par la direction, avec une mobilisation forte du pôle Sciences en société.
Elle constitue désormais un cadre de référence opérationnel pour inscrire durablement les SRP dans la politique scientifique d’INRAE.


Contexte et enjeux 

Face à l’intensification des crises climatiques, sanitaires, agricoles et sociales, et aux transitions profondes qu’elles imposent, INRAE affirme depuis plusieurs décennies l’importance de démarches scientifiques ouvertes aux acteurs de la société. Les sciences et recherches participatives (SRP) constituent à ce titre un levier central pour articuler savoirs scientifiques, savoirs professionnels et savoirs expérientiels, et pour renforcer l’appropriation collective des résultats de la recherche. Cette orientation est pleinement inscrite dans les priorités d’INRAE2030, notamment à travers l’ouverture de la science et le soutien aux dynamiques multi-acteurs dans les territoires.

INRAE dispose d’une expérience ancienne et reconnue en matière de SRP, avec un engagement historique remontant aux années 1980 et plus de trois mille projets impliquant l’ensemble de ses départements scientifiques. Cette dynamique s’est traduite par une évolution du volume et de la qualité des productions scientifiques, mais aussi par le développement rapide de dispositifs ouverts que l’institut pilote ou auxquels il prend part (living labs, tiers-lieux, observatoires participatifs, plateformes de collecte de données citoyennes). Toutefois, cette montée en puissance s’est accompagnée de freins organisationnels : hétérogénéité des pratiques, dispersion des offres d’appui, difficultés de reconnaissance des compétences mobilisées, incertitudes méthodologiques ou partenariales pour les collectifs engagés.

Dans ce contexte, de fortes attentes ont été exprimées par les chercheurs, les centres et les départements en matière de lisibilité des dispositifs, de sécurisation des démarches, et de soutien opérationnel aux collectifs de recherche. L’absence d’une stratégie formalisée et partagée à l’échelle de l’Institut, assortie d’un plan d’actions fédérateur, limitait sa capacité à structurer durablement ces pratiques et à en faire un levier pleinement intégré de sa politique scientifique.

Résultats

La publication en 2025 de la stratégie 2025–2030 pour les sciences et recherches participatives d’INRAE marque une étape structurante dans la réponse à ces enjeux. Coordonnée par la direction pour la Science ouverte (DipSO), cette stratégie est le résultat d’un processus d’élaboration progressif et méthodiquement construit, engagé dès 2023. Il a reposé sur une large consultation interne associant entretiens avec l’ensemble des chefs de département scientifique, une sélection de centres et de directions d’appui à la recherche, des analyses bibliographiques (encadré 1) et des travaux d’objectivation des impacts des démarches participatives (encadré 2).

Encadré 1. Résumé des apports des SRP éclairés par la littérature scientifique.

 

Encadré 2. Résumé des études d’impact ASIRPA menées sur des projets SRP d’INRAE.

Des ateliers de travail dédiés ont permis de transformer les besoins exprimés par les acteurs de terrain en actions opérationnelles, en veillant à articuler exigences scientifiques, contraintes institutionnelles et réalités partenariales. Ils ont abouti à une stratégie externe et à un plan d’actions interne structuré autour de six objectifs (gouvernance, accompagnement, compétences, dispositifs, partenariats, valorisation), comprenant trente-sept actions issues de la consultation interne ou des ateliers de co-conception. Parmi les actions prévues figurent par exemple :

  • la mise en place de parcours d’accompagnement lisibles pour les collectifs de recherche engagés dans des démarches participatives, incluant mentorat, retours d’expérience et soutien aux publications ;
  • le développement d’une offre d’appui intégrée et d’un réseau de facilitateurs internes, mobilisables en amont et en cours de projet ;
  • la création d’une bibliothèque numérique de ressources partagées (chartes, guides méthodologiques, outils juridiques et partenariaux) et de communs numériques dédiés aux SRP ;
  • le déploiement de dispositifs d’aide au pilotage et de guichets de financement ou fonds d’amorçage pour sécuriser les phases exploratoires des projets ;
  • des actions visant la reconnaissance des compétences et métiers émergents liés à l’ingénierie de la participation ;
  • le renforcement de la valorisation scientifique et institutionnelle des SRP, notamment par la diffusion des projets, l’amélioration continue des référentiels d’évaluation et le travail avec les instances d’éthique.

La mise en œuvre et le suivi de ce plan d’actions sont coordonnés par la DipSO, avec une mobilisation particulière de l’équipe SRP du pôle Sciences en société, pilote ou contributrice de la majorité des actions, en articulation étroite avec la cellule SRP d’INRAE, les départements, les centres et les autres directions métiers concernées.

Stratégie 2025-2030 pour les SRP d’INRAE

Perspectives

La stratégie SRP 2025-2030 constitue désormais un cadre de référence opérationnel pour les chercheurs et les collectifs, sans prescrire de modèle unique ni se substituer aux autres modalités de recherche. Elle vise à créer un environnement favorable à la co-production de savoirs et d’innovations enracinées dans les territoires, en sécurisant les démarches dès leur conception et tout au long de leur déroulement.

Elle doit permettre de renforcer la qualité scientifique et participative des projets, de favoriser la capitalisation et le partage des pratiques, et d’améliorer la reconnaissance institutionnelle des compétences mobilisées dans les SRP. À moyen terme, cette stratégie ambitionne également de faciliter l’articulation entre projets participatifs et dispositifs nationaux ou européens, et de consolider la contribution des SRP aux objectifs de transition portés par INRAE2030. Elle s’inscrit ainsi pleinement dans une vision de la science ouverte conçue comme un appui concret aux collectifs de recherche, au service de l’action et de l’impact sociétal.

Références bibliographiques

Références générales 

Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE). (2 juillet 2025). Faire science ensemble. INRAE. Consulté le 24 février 2026, sur https://www.inrae.fr/actualites/faire-science-ensemble

Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE). (2025). Stratégie 2025-2030 pour les sciences et recherches participatives (version 2.07). INRAE. https://www.inrae.fr/sites/default/files/srp-strategie2025_2.07.pdf 

Références du résumé des apports des SRP éclairés par la littérature scientifique

  • Production de connaissances élargie

Akrich, M., Callon, M., & Latour, B. (2010). Sociologie de la traduction : textes fondateurs. Presses des Mines.

Hess, D. J. (2016). Undone science: Social movements, mobilized publics, and industrial transitions. MIT Press.

Reed, M. S. (2003). What do participatory approaches do to science? An evidence-based approach to a participatory research strategy. Ecology and Society, 8(2), r1. http://www.ecologyandsociety.org/vol8/iss2/resp1/

Durose, C., Richardson, L., & Perry, B. (2018). Craft metrics to value co-production. Nature, 562(7725), 32–33. https://doi.org/10.1038/d41586-018-06860-w

Bonney, R., Cooper, C. B., Dickinson, J., Kelling, S., Phillips, T., Rosenberg, K. V., & Shirk, J. (2009). Citizen science: A developing tool for expanding science knowledge and scientific literacy. BioScience, 59(11), 977–984. https://doi.org/10.1525/bio.2009.59.11.9

Mauser, W., Klepper, G., Rice, M., Schmalzbauer, B. S., Hackmann, H., Leemans, R., & Moore, H. (2013). Transdisciplinary global change research: The co-creation of knowledge for sustainability. Current Opinion in Environmental Sustainability, 5(3–4), 420–431. https://doi.org/10.1016/j.cosust.2013.07.001

Jasanoff, S. (2004). States of knowledge: The co-production of science and social order. Routledge.

Fritz, S., et al. (2019). How could citizen science support the Sustainable Development Goals? Stockholm Environment Institute.
https://www.sei.org/publications/citizen-science-sustainable-development-goals/

  • Impact sociétal et éducatif renforcé

Houllier, F., & Merilhou-Goudard, J.-B. (2016). Les sciences participatives en France. INRAE. https://hal.science/hal-02801940

Mauser, W., et al. (2013). Transdisciplinary global change research: The co-creation of knowledge for sustainability. Current Opinion in Environmental Sustainability, 5(3–4), 420–431. https://doi.org/10.1016/j.cosust.2013.07.001

Liu, M. (1992). La recherche-action. Revue Internationale de Systémique, 6(3), 291–314.

Béguin, P., & Cerf, M. (dir.). (2009). Dynamique des savoirs, dynamique des changements. Toulouse : Octarès Éditions.

De Lattre-Gasquet, M., et al. (2023). Confiance entre société et science – Quelles évolutions dans leurs relations de réciprocité dans les prochaines décennies ? Rapport du groupe PROSPER. IHEST. https://doi.org/10.17180/035c-8803

  • Diffusion et transformation des pratiques accélérées

Houllier, F., & Merilhou-Goudard, J.-B. (2016). Les sciences participatives en France. INRAE. https://hal.science/hal-02801940

Reed, M. S. (2008). Stakeholder participation for environmental management: A literature review. Biological Conservation, 141(10), 2417–2431.

Bonney, R., et al. (2009). Citizen science: A developing tool for expanding science knowledge and scientific literacy. BioScience, 59(11), 977–984.
https://doi.org/10.1525/bio.2009.59.11.9

Henaux, M., & Masson, J. E. (2021). Co-conception de pratiques viticoles agroécologiques par la recherche-action participative.
INRAE. https://hal.inrae.fr/hal-03300564

Rogissart, H., Goulon, C., & Guillard, J. (2023). Réhabilitation des salmonidés des lacs péri-alpins : Pacage lacustre. INRAE.
https://hal.inrae.fr/hal-03918344

Références du résumé des études d’impact ASRIPA menées sur des projets SRP d’INRAE

Henaux, M., & Masson, J. E. (2021). Co-conception de pratiques viticoles agroécologiques par la recherche-action participative. INRAE.
https://hal.inrae.fr/hal-03300564

Rogissart, H., Goulon, C., & Guillard, J. (2023). Réhabilitation des salmonidés des lacs péri-alpins : Pacage lacustre. INRAE.
https://hal.inrae.fr/hal-03918344



 

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