Le dispositif de médiation scientifique « Questions Vives » sciences-société

Une nouvelle méthode de médiation scientifique pour aborder collectivement les questions vives au sein d’INRAE

Fin 2024, INRAE a expérimenté pour la première fois un dispositif innovant de médiation scientifique appelé « Questions vives », destiné à permettre un espace
de dialogue interne autour de controverses socio-scientifiques. Cette démarche propose à des personnels non spécialistes de s’approprier progressivement une controverse, d’interroger des experts, puis de formuler collectivement les points
de consensus et de dissensus au sein de leur groupe. Le projet pilote, porté par le pôle Sciences en société de la direction pour la Science ouverte, la mission Agrobiosciences-INRAE et la direction de la Communication, a été mené dans le centre Provence‑Alpes‑Côte d’Azur sur les nouvelles techniques d’édition génomique (NGT) appliquées aux plantes. Treize participant.e.s issu.e.s de métiers variés ont pris part à l’expérience. Les retours sont positifs : qualité des échanges, cadre structuré, apprentissages mutuels et forte demande de reconduction. INRAE déploiera le dispositif dans quatre autres centres en 2026.
 

Contexte et enjeux

Le dispositif « Questions Vives » s’inscrit dans la feuille de route INRAE de médiation scientifique. Il répond à un besoin croissant de créer des espaces internes de dialogue sur des sujets qui suscitent débats ou controverses, tant dans la société qu’au sein même de l’Institut. 

L’objectif n’est pas de rechercher un consensus ni d’influencer la programmation scientifique de l’Institut, mais de permettre une acculturation croisée entre spécialistes et non‑spécialistes, et de mieux comprendre la diversité des points de vue au sein d’INRAE. Cette démarche vise à éclairer les points d’accord, de désaccord, ou ceux nécessitant un approfondissement. 

Un principe clé guide le dispositif : donner la parole à des agents non spécialistes, dont les personnels d’appui à la recherche, afin qu’ils puissent s’approprier un sujet complexe, interroger des experts et formuler leurs propres analyses.

Pour concevoir ce dispositif, un comité de pilotage « Questions Vives » a été créé fin 2022, réunissant la direction pour la Science ouverte, la direction de la Communication, la Mission Agrobiosciences‑INRAE et la Déléguée à la déontologie, à l’intégrité scientifique et à l’éthique. Un comité de réflexion composé de scientifiques spécialistes de la thématique traitée, ainsi que des interactions entre acteurs de la science et des acteurs non académiques de tous bords, a accompagné et conseillé le comité de pilotage sur la conception et la réalisation de ce dispositif.    

Résultats

Facilitation des ateliers conduite par Yorck von Korff (Flow-ing). 
Photo : Michel Sylvestre 

Le projet pilote s’est appuyé sur quatorze entretiens exploratoires menés auprès de chercheurs concernés par le premier sujet de controverse traité : l’édition du génome appliquée aux plantes. Ceux‑ci ont recommandé un processus progressif par étapes, sur le temps long, et impliquant des personnels n’ayant pas d’expertise préalable sur le sujet, « comparables à un panel représentant la société ». 

Sur cette base, le comité de pilotage accompagné par Flow-ing (Yorck von Korff) en prestataire spécialiste des processus participatifs, ont conçu un parcours en trois ateliers.

Une synthèse documentaire (comprenant l’avis de l’Académie des technologies, l’avis du Comité d’éthique en commun INRA-Cirad-Ifremer, le rapport du CTPS, une interview de Bernard Chevassus-au-Louis dans la revue Sésame et le numéro de Ressources d’INRAE consacré à l’édition du génome) a été conçue et transmise aux participant.e.s en amont afin qu’ils prennent connaissance du sujet et des enjeux.

Le projet pilote sur le centre INRAE Provence-Alpes-Côte d’Azur s’est déroulé fin 2024 en trois temps :

  • Atelier 1 : appropriation de la problématique, échanges introductifs avec deux experts en génétique, réglementation et propriété intellectuelle, identification de trois sous‑thématiques prioritaires.
  • Atelier 2 : échanges en petits groupes avec des spécialistes de différentes disciplines (droit et réglementation ; sociologie et économie ; science et biotechnologie ; santé et environnement ; philosophie et éthique), selon une méthode d’animation appelée « fishbowl ». Cette approche consiste à disposer au centre de la salle un premier cercle de chaises formant le « bocal ». Ce cercle est occupé par les participant.e.s ou spécialistes qui échangent sur une sous-thématique. Quelques chaises y restent volontairement libres. Un second cercle, extérieur, accueille les autres participant.e.s ayant choisi de traiter les autres sous-thématiques ou les spécialistes en position d’observation. Les observateur.rices peuvent entrer ou sortir du « bocal » à tout moment en prenant place sur une chaise libre pour poser une question ou apporter un élément de réflexion, puis en ressortir une fois leur intervention terminée.
  • Atelier 3 : délibération collective, identification des consensus et dissensus, rédaction d’une synthèse.
Travail en groupe lors de l’atelier 1 sur le centre INRAE 
Provence-Alpes-Côte d’Azur. Photo : Michel Sylvestre.

Treize participant.e.s ont pris part au pilote : six personnels d’appui, sept personnels de recherche dont deux doctorantes. Les trois sous‑thématiques proposées par les participant.e.s eux et elles-mêmes et ensuite explorées ont été :

  • impacts des nouvelles techniques génomiques (NGT) sur l’alimentation, la santé et l’environnement ;
  • nouvelles techniques génomiques (NGT) et agroécologie ;
  • nouvelles techniques génomiques (NGT) et place de la recherche publique.

Les participant.e.s ont ainsi rédigé une liste d’accords et de désaccords sur chacune des sous-thématiques.

Les participant.e.s ont salué :

  • une approche innovante et participative,
  • un cadre de dialogue sécurisant,
  • la clarté des explications des experts,
  • la richesse des échanges,
  • une meilleure compréhension des enjeux scientifiques et sociétaux.

Les experts ont apprécié la pertinence des questions, la diversité des profils et la dynamique du groupe.

Exercice très intéressant. On a un public naïf qui s’acculture, discute avec des experts qui ont des avis contrastés.

Des questions citoyennes, pas des questions pointues.

On est plus proche des questions que tout le monde peut se poser.

Ce n’est pas toujours facile de répondre à des questions simples.

Cela permet de se poser des questions qu’on ne se pose pas forcément en laboratoire.

C’est intéressant de présenter nos travaux de manière plus abordable.

Le comité de pilotage a souligné la qualité des interventions, la pertinence de la méthode par tirage au sort pour garantir la diversité des profils et légitimer les participant.e.s à prendre part à ce dialogue, ainsi que la bonne structuration du dispositif.

Perspectives

Exemple de questions formulées lors de l’atelier 1 sur le centre INRAE 
Provence-Alpes-Côte d’Azur. Photo : Michel Sylvestre. 

À la suite de ce premier pilote, INRAE déploiera le dispositif « Questions Vives » dans quatre autres centres de recherche de l’Institut au premier semestre 2026 :

  • Bretagne‑Normandie,
  • Île‑de‑France-Versailles‑Saclay,
  • Grand Est-Nancy,
  • Nouvelle‑Aquitaine Bordeaux.

Chaque centre réunira environ quinze à vingt participant.e.s non spécialistes, issus pour moitié de l’appui et pour moitié de la recherche, toujours sur la thématique de l’édition du génome appliquée aux plantes.

Ce déploiement permettra de consolider la méthodologie et d’enrichir la synthèse des consensus et dissensus amorcée sur le centre Provence-Alpes-Côte d'Azur.

À l’issue du retour d’expérience consolidé des cinq centres, une nouvelle thématique controversée pourra être proposée et instruite sur les centres INRAE grâce à ce dispositif de médiation scientifique.

Valorisation

Un document de synthèse, rassemblant les consensus et dissensus formulés par les groupes des différents centres sur l’édition du génome appliquée aux plantes, sera produit. 

Ce document, ainsi que la méthodologie déployée tout au long du dispositif, seront partagés avec les scientifiques du PEPR Sélection végétale avancée, compte tenu de la proximité thématique.

 

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