Des sciences et recherches participatives du côté de l’Europe

L’European Citizen Science Association (ECSA) est un acteur important en sciences et recherches participatives. Elle réunit une communauté diverse et dynamique 
très active sur la biodiversité, la santé et l’éducation mais à l’époque peu en agriculture et alimentation. Le pôle Sciences en société a donc créé puis coanimé un groupe de travail sur les thématiques « Agri-food » en organisant entre autres, un atelier de rédaction collective, le booksprint. Cet exercice vivifiant a donné une publication sur les principes des sciences et recherches participatives dans les systèmes alimentaires. Cette expérience et les multiples activités conduites ensemble depuis 2022 confèrent au groupe un beau niveau d’interconnaissance et de dynamisme. Ce groupe, et plus largement l’ECSA, représentent une belle ressource qui offre à INRAE de multiples opportunités d’implications à l’échelle européenne

Contexte et enjeux 

Dès 2020 et la création de la DipSO et du pôle Sciences en société (SenS), il était évident qu’il fallait aller voir ce qui se passait ailleurs en Europe. Quoi de mieux pour cela que l’ECSA (European Citizen Science Association) ? L’ECSA, c’est plus de deux cent cinquante membres individuels et institutionnels répartis sur trente pays. C’est la plus importante organisation européenne dans le domaine des sciences et recherches participatives (SRP). Cette organisation plaide pour une plus grande capacité d’agir des membres de la société civile et de leur reconnaissance en tant qu'acteurs de la production de connaissances et de l'innovation en développement durable. 

INRAE adhère dès l’année suivante à l’ECSA en tant que membre institutionnel. Il apparaît clairement que l’ECSA a beaucoup développé ses activités dans les domaines de la biodiversité, de la santé et de l’éducation, mais relativement peu en agriculture et alimentation. Ainsi, avec quelques collègues INRAE, du Consejo Superior de Investigaciones Científicas (Espagne), de l’Environmental Social Science Research Group (Hongrie), et de l’International Institute for Applied Systems Analysis (Autriche), nous proposons la création d’un groupe de travail ECSA dans le domaine de l’agriculture et de l’alimentation. Au départ, le noyau dur de collègues impliqués est marqué par le mouvement agroécologique, plutôt focalisé sur la petite agriculture avec une forte composante en sociologie rurale et un souci particulier autour de l’idée d’équité dans les systèmes alimentaires et dans la recherche. Pour attirer large et éviter d’exclure des collègues, l’objectif et l’intitulé proposés sont relativement génériques :

  • le groupe de travail se nomme « Agri-food »,
  • l’objectif est de mobiliser une plus grande diversité d’acteurs des SRP concernés par le développement de systèmes alimentaires respectueux de la planète et de la santé, socialement inclusifs et culturellement riches.

Il attire rapidement une masse critique de collègues issus d’universités, de centres de recherche et d’associations à travers l’Europe. Actuellement, le groupe compte cent-trente-quatre personnes inscrites dont une bonne trentaine qui y contribuent régulièrement et activement. Fidèles à ses idéaux démocratiques, le fonctionnement est collégial. Actuellement, le pilotage est assuré par quatre co-animateurs (d’INRAE, de l’Austrian Agency for Health and Food Safety, de la Fondation Ibercivis, et du Consejo Superior de Investigaciones Científicas). Les activités encouragent le dialogue, l'échange d'expériences et la collaboration dans la conception et la mise en œuvre des SRP dans tous les aspects de l'alimentation et de l'agriculture. Le fonctionnement est soutenu par l’appui des permanents de l’ECSA à Berlin, une liste de diffusion et une plateforme de collaboration en ligne, ainsi que des échanges en visioconférence une fois par mois, en physique aux conférences biannuelles de l’ECSA et, avec le soutien de la DipSO, en physique les années « sans » (sans conférence) – à Paris en 2023 puis à Montpellier en 2025. 

Réunion du groupe Agri-food à Montpellier en juin 2025. 
Échange d’idées et d’expériences en juin 2025
à Montpellier.

À l’occasion de la réunion du groupe en juin 2023 au siège d’INRAE à Paris, s’engage un travail de rédaction collective en commençant par un atelier de co-rédaction simultanée selon la méthode booksprint. L’idée de base est de reprendre les dix principes ECSA des sciences recherches participatives en explorant comment ils se déclinent dans le domaine d’application des systèmes alimentaires. Au départ, chacun des dix principes fait l’objet d’une section rédigée lors de l’atelier, en temps réel et à tour de rôle, par des binômes de participants. À la suite de cet atelier-marathon, les onze co-auteurs ont revu une partie du texte qui leur était attribuée, puis l’ensemble de l’article a été restructuré, en particulier par l’autrice principale.  
Avec cet exercice de rédaction collective, le groupe s’est donné deux objectifs :

  • caractériser ensemble des principes pour la mise en œuvre des SRP en agriculture et alimentation, et
  • dynamiser le groupe en vue d’autres activités collectives. 
Atelier ECSA avec cartes réutilisables pour documenter rapidement une activité collective.

Résultats 

L'article, Navigating the participatory turn in agricultural and food research: Best practice from citizen science, a été accepté pour publication dans Ambio, une revue à comité de lecture en février 2025. 

Dans l’article, les dix principes des SRP de l'ECSA sont repris dans le contexte de la recherche en agriculture et alimentation en les consolidant autour de trois piliers :

  1. Une participation qui fait sens et qui est jumelée à une inclusivité active : ici, nous insistons sur l’importance d'impliquer les participants à toutes les étapes de la recherche, pour leur donner une réelle capacité d'action au-delà du simple rôle de collecteurs de données. Nous encourageons également à diversifier les profils de participants pour inclure les groupes marginalisés tels que travailleurs migrants ou communautés autochtones. Une telle diversité contribue à la démocratisation de la science et à la réduction des biais scientifiques.
  2. Résultats et bénéfices mesurables : il est entendu que les projets se doivent de générer des avancées scientifiques, mais également de produire des bénéfices socio-culturels, politiques ou économiques concrets pour tous les acteurs du projet, en termes de production, de qualité, de santé, etc. L'évaluation des projets doit donc intégrer des indicateurs variés qui prennent en compte ce type de bénéfices. Pour favoriser de telles sorties et pour éviter l’instrumentalisation des participants, il vaut mieux définir les attentes et les objectifs dès le départ et avec les communautés impliquées.
  3. Processus de recherche responsables : dans ce troisième pilier, nous abordons les enjeux éthiques, de transparence et d'accès ouvert aux données. Nous soulignons l'importance de fournir des retours utiles aux participants tout en protégeant leur vie privée face aux risques de biopiraterie ou d’autres formes d’exploitation commerciale. La reconnaissance explicite du travail des participants, par des compensations et/ou en partageant l’autorat, est essentielle pour instaurer la confiance.

Dans sa conclusion, l'article insiste sur le rôle des SRP, avec l’application de ces trois piliers, pour favoriser l'engagement des acteurs non académiques des systèmes alimentaires afin de : 

  • relever les défis complexes et intriqués de nos systèmes alimentaires actuels en transformant les dynamiques de pouvoir,
  • tout en renforçant une participation plus inclusive et équitable.

En plus de la production de cet article en tant que contribution à la communauté des praticiens des SRP, il faut également noter que le processus qui a mené à cette publication commune représente lui aussi un résultat. En effet, l’animation originale et dynamique du booksprint et le fait d’avoir ensemble mené à terme ce challenge, confèrent au groupe Agri-food un degré d’interconnaissance et de confiance qui permet d’envisager d’autres collaborations.

Perspectives et valorisation

Pour la suite, de multiples initiatives « à la carte » se présentent aux membres du groupe. En effet, le groupe sert désormais de puissant diffuseur d’information, d’opportunités et d’outils pan-européens. 

Par exemple : 

  • Pour répondre à des appels d’offres européens pertinents pour les SRP, nous organisons avec l’équipe des affaires européennes de la direction de l'Enseignement supérieur, des sites et de l'Europe d'INRAE une mini-formation pour mieux répondre à ces possibilités de financements et certains membres ont, en conséquence, rejoint des consortiums pour tenter leur chance sur ces financements.
  • L’Agence autrichienne pour la santé et la sécurité alimentaire nous invite à participer aux échanges d’informations de la Agroecology Partnership qui regroupe cent onze partenaires institutionnels sur trente et un pays.
  • L’Université de Kaunas, nous a fait un cours sur l’intégration de la dimension « politiques publiques » dans le cycle des projets SRP, et nous enjoint à nous impliquer dans des initiatives de politiques européennes.
  • De même, notre collègue autrichienne de l’Institut international pour l’analyse des systèmes appliqués, nous a fait un cours sur l’analyse des réseaux sociaux et nous invite à appliquer cet outil pour décrire le renforcement des communautés sous l’effet des SRP et des laboratoires vivants (living labs) dans les systèmes alimentaires.

La participation au groupe Agri-food ouvre bien entendu également sur le reste de l’ECSA : acquérir de nouvelles notions en sciences humaines et sociales appliquées aux SRP en suivant les échanges du groupe ECSA « Empowerment, Inclusiveness and Equity », découvrir des outils d’animation et de communication originaux grâce au groupe ECSA « Storytelling and other arts », etc. Les activités menées au sein de l’ECSA contribuent aussi à resserrer les liens entre collègues français, au sein d’INRAE et avec des collègues du Muséum, de Sorbonne Université, ou de l’École des hautes études en sciences sociales. Ce sont des liens qui ont permis d’impulser par exemple la co-organisation inter-instituts des Rencontres nationales en SRP prévues pour 2027. 

Si notre expérience avec l’ECSA est globalement positive, nous identifions néanmoins quelques points d’amélioration possibles. Par exemple, compte tenu de la ressource conséquente que représente cette association et les nombreux domaines couverts par les vingt groupes de travail actuels, peu de collègues INRAE en profitent. En conséquence, la visibilité des activités SRP d’INRAE et même d’autres structures françaises dans cette arène internationale est très réduite. Pour y remédier, nous pourrions, d’une part, plus communiquer auprès de nos collègues sur les bénéfices d’une participation accrue, et, d’autre part, améliorer l’aisance de nos collègues en milieu anglophone.

Références bibliographiques 

Ajates, R., Benyei P., Avery, H., Butkeviciene, E., Czegledi, A., Desclaux, D., Hager, G., Heinisch, B., Hoebe, P. N., van Noordwijk, T. C. G. E. & Barzman, M. (2025). Navigating the participatory turn in agricultural and food research: Best practice from citizen science. Ambio 54, 1306-1317.
https://doi.org/10.1007/s13280-025-02151-7


 

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