Confiance entre société et science

L’étude prospective du réseau inter-organismes PROSPER rend son rapport

Mise à l’épreuve dans un monde hypermédiatisé et interconnecté, la confiance d’une partie de  la société en la science s’érode. Plus que jamais, la démarche et l’action scientifiques ont besoin d’être comprises, les processus et productions de la recherche ouverts lorsque c’est possible, les résultats largement appropriés et les bénéfices démontrés.

La DipSO a co-piloté au sein du Réseau PROSPER la conduite de l’exercice « Confiance entre société et science ». Les futurs possibles dessinés à l’horizon 2040 lors de cette exercice ont mis en avant des leviers pour accroître la confiance dans la science. Ces analyses et propositions ont été affinées à la suite du séminaire de restitution-débat du 25 novembre 2022. Le rapport final rédigé en 2023 met en exergue des leviers d’action qui font écho aux missions de la DipSO qui en a tiré, pour elle-même, des pistes d’action. 

Contexte et enjeux

Une confiance réciproque entre la communauté scientifique (« la science ») et tous les autres acteurs de la société apparaît fondamentale pour que la science contribue à relever les défis sociétaux, mieux comprendre le monde et préparer l’avenir. L’ampleur et la rapidité des évolutions contemporaines bouleversent les repères et les valeurs de la société. Les résultats produits par la science suscitent à la fois attentes et rejets, admiration et doutes. Mise à l’épreuve dans un monde hypermédiatisé et interconnecté, la confiance d’une partie de la société en la science s’érode. Plus que jamais, la démarche et l’action scientifiques ont besoin d’être comprises, les processus et  productions de la recherche ouverts lorsque c’est possible, les résultats largement appropriés et les bénéfices démontrés.

Face à ce constat, le réseau PROSPER a analysé les moteurs de la confiance entre la société et la science, et inversement. Cette confiance est vue comme le résultat d’une relation de réciprocité entre des personnes ou des collectifs de personnes, issus des sphères publique et privée, avec au cœur de leur relation, le gage de « la vérité scientifique »¹

Une trentaine de chercheurs et prospectivistes d’organismes publics ont été réunis entre janvier 2020 et avril 2022, et une dizaine d’experts consultés ; six scénarios de futurs possibles ont été produits. S’ils soulignent une importante diversité des attentes de la part des scientifiques et des autres acteurs de la société, des priorités ressortent qui ont permis d’émettre des recommandations en direction des acteurs de la science et de la société.

Résultats

La trentaine de chercheurs et prospectivistes d’organismes publics réunis entre janvier 2020 et avril 2022, et la dizaine d’experts consultés, ont produit six scénarios de futurs possibles et des recommandations.
 
Dans un premier scénario, la science serait confiante dans les acteurs privés du numérique, et la société, pragmatique, dans la science. On observerait donc, d’une part, une confiance limitée entre la société et la science, et, d’autre part, une dépendance vis-à-vis des entreprises privées du numérique. Dans un deuxième scénario, la méfiance serait générale et la société insatisfaite parce que déboussolée par la disparité des discours scientifiques. Dans un troisième scénario, la confiance serait réciproque grâce au respect de principes éthiques, au dialogue équilibré sans crainte de controverses, et à la co-construction des orientations et priorités. Dans un quatrième scénario, la société serait soupçonneuse vis-à-vis d’une science inféodée au politique, caution des décisions et sommée de trouver des réponses. Un cinquième scénario décrit un monde multipolaire, avec une diversité régionale des valeurs de la société et de la science, mais un dialogue constructif et confiant. Un dernier scenario est celui de l’indifférence réciproque, avec une société fragmentée marquée par un manque de confiance dans la science, jugée incapable de résoudre les problèmes sociétaux.
 
Pour réconcilier les attentes et les engagements de la société et de la science, l’étude produit des recommandations qui s’inscrivent dans sept axes : 

  1. Réconcilier l’urgence et les visions de long terme grâce aux approches inter et transdisciplinaires et à la prospective. 
  2. Co-construire les connaissances et les innovations avec tous les acteurs de la société. 
  3. Développer et professionnaliser la médiation scientifique au sein des institutions de recherche. 
  4. Développer la recherche sur les outils et méthodes de l’influence. 
  5. Valoriser, promouvoir le journalisme scientifique. 
  6. Former les politiques à la science et les impliquer dans la co-construction de programmes de recherche. 
  7. Considérer davantage la diversité des cultures du monde dans la démarche scientifique quelle que soit la discipline.

Les activités de la DipSO en adéquation avec les recommandations de PROPSER

Lors de son séminaire annuel de 2023 la DipSO a questionné ses activités au regard des résultats des travaux de PROSPER : il en ressort que la majorité des activités soutenues par le pôle Science en société (sciences et recherches participatives, médiation scientifique) vont dans le sens des attentes sociétales, tout comme l’ensemble des activités liées à l’ouverture des productions d’INRAE (ouverture des publications, données, codes) et à leur appropriation (revues de transfert), ou encore l’implication dans l’accompagnement vers de nouvelles pratiques d’évaluation ou d’innovation. 

Des efforts importants restent cependant à faire pour outiller la lutte contre la désinformation, ou les pratiques non déontologiques, non intègres, aussi bien sur le plan technique (intérêt de l’usage de l’intelligence artificielle dans nos activités) qu’organisationnel (médiation scientifique en cours de structuration notamment sur les questions vives). 

D’une manière générale, l’analyse des activités DipSO au regard des constats et recommandations de PROSPER permettent de conforter la vision/trajectoire de la DipSO comme outil au service de la confiance dans la science, et induisent des inflexions dans les priorités du plan d’actions DipSO pour les années qui viennent. Il s’agit notamment d’assurer une meilleure prise en compte des attentes sociétales et des exigences que supposent des relations de réciprocité entre société et science dans l’offre de services DipSO en appui aux scientifiques d’INRAE, en lien avec les autres acteurs internes concernés (direction de la Communication, direction du Partenariat et du transfert pour l’innovation, direction de l’Appui aux politiques publiques...). 

Perspectives

Le travail sur la confiance entre société et science est un chantier continu partagé avec de nombreux acteurs d’INRAE et qui nous conduit à renforcer certains de nos partenariats externes, autant pour l’ouverture des productions et que les processus de recherche. De belles collaborations internes et externes en perspective, notamment avec la direction de la Communication, les centres, les directions scientifiques, les départements... et du pain sur la planche pour rendre encore plus efficients nos services. 

Valorisation

  • Le rapport est disponible en libre accès sur HAL ; DOI: 10.17180/035c-8803
  • Un article dans la revue Futuribles est en cours de rédaction ; il sera suivi d’un article dans une revue scientifique internationale.

Références

  • Lattre-Gasquet, M., Jannès-Ober, E., Lacroix, D., Guigon, A., Jacod, A., Brugiere, F., Gilli, L. (2023). Confiance entre société et science – Quelles évolutions dans leurs relations de réciprocité dans les prochaines décennies ? Rapport du groupe de travail PROSPER. Réseau PROSPER, Institut des hautes études pour la science et la technologie, DOI: 10.17180/035c-8803
  • Site internet du Réseau Prosper

¹ C’est-à-dire l’exactitude scientifique des faits, la justesse des normes de la véracité, l’entretien du doute scientifique, et l’authenticité expressive des acteurs.