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Quand la recherche rencontre l’enseignement agricole, les territoires deviennent des terrains d’innovation

Et si les transitions agricoles se construisaient aussi dans les lycées agricoles ? En rapprochant chercheurs, enseignants, apprenants, professionnels et acteurs des territoires, les Journées ETA–Recherche en Territoire font vivre une science ouverte, fondée sur le dialogue et la co-construction des connaissances.

Née en Occitanie avec l’initiative « Ça coule de source ! », cette dynamique prend une nouvelle dimension en 2026 avec trois rendez-vous organisés à Angers, Villefranche-de-Rouergue et Melle. Une ambition : créer, partout en France, des passerelles durables entre recherche, formation et territoires.

Et si la rencontre était déjà une forme d’innovation ?

Face au changement climatique, aux tensions sur les ressources, aux transformations des systèmes alimentaires ou encore aux mutations des pratiques agricoles, les réponses ne peuvent être construites par un seul acteur. La recherche apporte des connaissances et des méthodes. Les professionnels disposent d’une expertise issue de leurs pratiques. Les enseignants transmettent et mettent en perspective les savoirs. Les apprenants portent un regard neuf et seront demain les acteurs des transitions. Les territoires, enfin, offrent un terrain d’expérimentation et d’action. Que se passe-t-il lorsque tous ces regards se rencontrent autour d’une même question ?

C’est précisément ce que proposent les Journées ETA–Recherche en Territoire, portées par l’INRAE et ses partenaires. L’objectif n’est pas simplement de faire connaître la recherche aux élèves de l’enseignement agricole. Il est de créer les conditions d’un véritable dialogue, dans lequel chacun peut apporter ses connaissances, ses expériences, ses questions et ses besoins.

De « Ça coule de source ! » à une dynamique nationale

L’histoire commence en Occitanie en 2023 et 2024 avec la journée « Ça coule de source ! », organisée notamment à Perpignan et dans plusieurs établissements d’enseignement agricole. À l’initiative de Dominique Desclaux (INRAE – DipSO), cette expérimentation propose une approche fondée sur la recherche participative et la co-construction des connaissances. Gestion de l’eau, agroécologie, transitions agricoles : les participants sont invités à partir de problématiques concrètes et à croiser leurs regards. Chercheurs, enseignants, élèves et étudiants, agriculteurs et acteurs des collectivités ne se retrouvent plus simplement dans une relation de transmission descendante. Ils deviennent des interlocuteurs autour d’un même enjeu. Les premières expériences montrent tout l’intérêt de cette approche : les rencontres créent des liens, suscitent de nouvelles idées et font émerger des possibilités de collaboration. Une dynamique qu’il est désormais temps de faire grandir.

Une science ouverte ne se contente pas de partager ses résultats

Cette initiative trouve naturellement sa place dans la politique de science ouverte portée par l’INRAE. La science ouverte vise à rendre les connaissances scientifiques plus accessibles. Mais elle invite également à réfléchir à la manière dont ces connaissances sont produites, discutées et mises en partage avec la société. Ouvrir la science, c’est aussi ouvrir les portes du laboratoire. C’est permettre aux acteurs de terrain de comprendre comment se construit une connaissance scientifique, mais aussi permettre aux scientifiques d’écouter les questions qui émergent dans les territoires. Dans cette perspective, l’enseignement agricole constitue un partenaire particulièrement stratégique. Présents au plus près des territoires, les établissements agricoles sont directement confrontés aux transformations des filières et aux enjeux environnementaux. Ils forment les professionnels de demain et constituent des lieux privilégiés pour expérimenter, transmettre et mettre en débat les connaissances. Lors d’une Journée ETA–Recherche en Territoire, un chercheur ne vient donc pas seulement présenter ses résultats. Il vient aussi écouter. Écouter les questions des élèves. Échanger avec les enseignants. Confronter ses travaux aux réalités professionnelles. Découvrir d’autres expériences. Identifier de nouvelles questions. Et parfois, repartir avec une idée de recherche qu’il n’avait pas envisagée auparavant.

Quand le dialogue fait émerger de nouveaux projets

C’est là que ces journées prennent toute leur dimension. La rencontre n’a pas vocation à s’arrêter lorsque les participants quittent l’établissement. Elle peut devenir le point de départ de nouveaux contacts, de projets pédagogiques, d’expérimentations ou de collaborations scientifiques et professionnelles. Une enquête menée en 2025 auprès des participants apporte de premiers enseignements encourageants. Sur 121 personnes inscrites, 39 ont répondu au questionnaire.

Les retours mettent notamment en évidence :

  • le renforcement des réseaux professionnels ;

  • la création de nouveaux liens entre recherche et enseignement ;

  • l’émergence d’idées et de projets concrets ;

  • une meilleure compréhension des enjeux et des contraintes de chacun ;

  • l’envie de poursuivre les échanges au-delà de l’événement.

Découvrez les résultats de l’enquête réalisée en 2025

Ces résultats confortent une conviction : la proximité entre recherche, formation et terrain crée des opportunités nouvelles.

Trois rendez-vous pour faire vivre cette dynamique en 2026

En 2026, les Journées ETA–Recherche en Territoire changent d’échelle avec trois rendez-vous organisés dans trois régions françaises.

6 octobre – Angers (49)

Horticultures et paysages : quels leviers d’adaptation dans un contexte de changement climatique ?

Comment les filières horticoles et paysagères peuvent-elles faire face aux évolutions climatiques ? Chercheurs, enseignants, apprenants et professionnels croiseront leurs regards pour explorer les stratégies d’adaptation et les innovations possibles.

26 novembre – Villefranche-de-Rouergue (12)

L’alimentation au cœur des transitions

Production agricole, alimentation, systèmes durables, circuits de proximité et dynamiques territoriales seront au cœur des échanges. Une journée pour comprendre les transformations de nos systèmes alimentaires et leurs interactions avec l’agriculture, l’environnement et la société.

16 décembre – Melle (79)

L’agroforesterie, levier d’adaptation pour l’exploitation agricole de demain

Comment l’agroforesterie peut-elle contribuer à renforcer la résilience des exploitations ? Cette rencontre permettra de confronter les résultats de la recherche aux expériences de terrain et d’explorer les conditions de développement de ces pratiques.

Une même méthode : faire dialoguer les savoirs

D’une journée à l’autre, les thématiques changent, mais l’esprit reste le même. Les participants pourront découvrir des travaux scientifiques, écouter des témoignages de collaboration, échanger avec des professionnels et participer à des ateliers collectifs. Une attention particulière est portée aux échanges entre apprenants, enseignants et scientifiques. Car l’enjeu est bien de sortir d’une logique où les uns produisent les connaissances et les autres les reçoivent. La connaissance circule dans les deux sens. Les questions des territoires peuvent nourrir la recherche. Les résultats scientifiques peuvent éclairer les pratiques. Les expériences professionnelles peuvent faire émerger de nouvelles hypothèses. Les élèves peuvent questionner les évidences et contribuer à ouvrir de nouvelles pistes. Cette circulation est au cœur de la démarche.

Une mobilisation collective à l’échelle nationale

Pour passer de l’expérimentation à une véritable dynamique nationale, les Journées ETA–Recherche en Territoire s’appuient sur un réseau de partenaires mobilisés dans les régions. Le dispositif est désormais coordonné au niveau national par la DipSO – Pôle Sciences en Société d’INRAE, avec le concours de :

  • la DGER et les animateurs Réso’them ;

  • les DRAAF et les référents SRFD des régions accueillant les journées ;

  • les Chambres régionales d’agriculture ;

  • les Conseils régionaux associés ;

  • les Instituts Agro et leurs Agro Smart Campus ;

  • les équipes de l’INRAE, notamment au sein de la DipSO – Pôle Sciences en Société.

Cette mobilisation traduit une volonté commune : faire du rapprochement entre recherche et enseignement agricole un partenariat durable et non une succession d’initiatives ponctuelles. L’enjeu est également de construire progressivement un réseau national capable de faire circuler les expériences, les idées et les opportunités de collaboration d’un territoire à l’autre.

L’enseignement agricole, un partenaire privilégié pour ouvrir la science

Le choix de travailler avec l’enseignement technique agricole n’est pas anodin. Parce qu’il est implanté au cœur des territoires, qu’il entretient des liens étroits avec les filières professionnelles et qu’il forme les acteurs de demain, il constitue un interlocuteur privilégié pour l’INRAE. Les lycées agricoles sont à la fois des lieux de formation, de transmission, d’expérimentation et de dialogue avec la société. Ils offrent donc un terrain particulièrement fertile pour faire vivre concrètement les principes de la science ouverte : partager les connaissances, croiser les savoirs, rendre la recherche plus accessible et permettre à de nouveaux acteurs de contribuer aux réflexions scientifiques.

Et demain, élargir encore le cercle

L’année 2026 constitue une étape importante dans le développement de cette dynamique. Elle permet de consolider les liens avec l’enseignement agricole, d’élargir le réseau de partenaires et de tester de nouvelles formes de rencontre entre recherche, formation et territoires. À plus long terme, cette expérience pourrait également ouvrir des perspectives avec l’Éducation nationale, afin de poursuivre l’ouverture du dialogue entre communautés scientifiques et éducatives. Car l’ambition dépasse largement l’organisation de trois journées. Il s’agit de construire, dans la durée, une culture commune de la connaissance, du dialogue et de la coopération. Une culture dans laquelle la science n’est pas seulement quelque chose que l’on transmet, mais quelque chose que l’on partage, questionne et construit ensemble. Les Journées ETA–Recherche en Territoire sont ainsi appelées à devenir des espaces privilégiés pour faire vivre une science plus ouverte, plus collective et plus proche des réalités de la société.

Et si, finalement, la première étape d’une transition réussie était simplement de commencer par se parler ?

Estelle Morel
 DipSO – Pôle Sciences en Société, INRAE
 Coordination nationale des Journées ETA–Recherche en Territoire

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